Juste après

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© Photo Karen Seifert

 

« Elle a éteint la lumière,
Puis qu’est-ce qu’elle a bien pu faire,
Juste après… ? » 

 

Nous sommes le 16 novembre 2015, il va être midi.

Bientôt, une minute de silence va être respectée dans tout le pays, sans doute bien au-delà du pays. J’ai décidé que ma résistance à moi serait d’écrire maintenant, là tout de suite, l’importance, la nécessité, l’urgence pour chacun de vivre sa vie.

Il faut toujours que des drames nous tombent dessus, que de armes crèvent des vies, que le cours de nos existences soit entâché à jamais pour se poser des questions de fond… il faut toujours que le débordement émotionnel prenne le dessus pour que chacun se réveille. Au moins temporairement.

J’espère juste que « tout ça » peut servir à se poser les bonnes questions… les vraies questions. Comment en arrive-t-on à une telle horreur au sein de notre pays ? Du 11 septembre 2001 au 13 novembre 2015, qu’est-ce que chacun a fait de son histoire ? Qu’avons-nous appris de l’Histoire ?

Des avions aux terrasses de restaurants, le tragique prend un autre visage.
Damned ! Dans quel monde on vit ?
Dans quel monde sommes-nous assis… sommes-nous debout ?

Cela me ramène à mon éternelle question, le fil rouge que je déroule depuis 14 ans, depuis mon master « post-chaos » : que reste-il de nous quand il ne reste plus rien ? Les jours, les semaines, les mois qui ont suivi le 11 septembre 2001, je me suis demandée pourquoi et comment on peut vivre, survivre, revivre « après ça ».

À quoi se raccrocher ?
Comment s’aider soi en aidant les autres ?
Comment se sentir vivant et utile dans le dénuement le plus total ?

Ces questions m’ont tellement préoccupée qu’à peine un an plus tard, j’en faisais le thème de mon projet de master en communication visuelle : un espace de vie dédié au rêve et à l’imaginaire à New York-post 11 septembre. Sur les ruines de Ground Zero.

J’avais 20 ans et un combat, une utopie : expliquer pourquoi et comment se reconnecter à ses rêves et à son imaginaire permet de se reconstruire individuellement et collectivement… après le chaos. Sans le savoir à ce moment-là, je posais les bases de mon projet d’entreprise… de mon projet de vie.

14 ans après, tout explose à nouveau.
Comment en sommes-nous arrivés là ?

 

L’Histoire se répète

 

L’Histoire, chaque histoire, revient en boucle, non pas pour nous faire chier délibérement, mais pour nous faire comprendre ce que nous n’avons pas encore accepté. La colère et le désir de vengeance sont des armes de destruction massive qui n’ont qu’une finalité : se retourner contre nous.

Changeons de regard sur ce qui nous arrive, au lieu de vouloir changer ce qui nous arrive.

Pas plus tard que dans la journée de ce vendredi 13 novembre, je faisais le constat que nous étions nombreux à revoir certains éléments de notre passé remonter à la surface, comme pour les intégrer différemment à notre présent… à notre futur.

Pourquoi ce que l’on croit éloigné de nous revient nous péter à la tronche, un cran plus fort à chaque fois ? Eloignons-nous de nos écrans TV et téléphone et demandons-nous comment chacun, à son échelle, à sa mesure, peut améliorer quelque chose dans ce monde. Dans son monde.

Nous sommes le 16 novembre 2015, il est midi.

C’est dans le silence que j’ai traversé toutes ces dernières années, dans l’observation de mes larmes intérieures et dans la recherche de ma vérité, au cœur de mes peurs les plus tenaces, que j’ai trouvé la quintessence de mon être.

Je peux mourir demain, ce sera ok.
Car maintenant je suis en paix.
Il n’y a rien de plus terrible que de mourir sans avoir compris pourquoi on vivait.

Je crois au destin. Je crois qu’on ne décide pas tout. Je crois qu’on a tous un temps compté ici, qu’on a tous un temps précis pour réaliser notre mission. Pour laisser notre empreinte dans ce monde. Et que notre seul devoir est de faire quelque chose avec ce que la vie a fait de nous.

J’en parlais vendredi midi, tiens. Qu’est-ce qui reste de nous quand on n’est plus là ? La tragédie collective qui nous a frappé le soir-même nous ramène à cette question ultime, radicale : que faisons-nous de notre vie ici, chaque jour, au quotidien ?

C’est ça la vraie question.

On a si peu le temps de se la poser… jusqu’à ce que la réalité nous rattrape et nous enlève ce que l’on croyait être acquis à vie. Je l’ai vécu. Tu l’as vécu. On l’a tous vécu… puis enfoui. Mais l’Histoire, notre histoire se répète pour nous recoller en pleine tête ce qu’on n’a pas envie de voir ni de savoir.

 

C’est quand on accepte l’idée
qu’on peut mourir à tout instant
qu’on commence réellement à vivre

 

Je ne suis pas militante. Tu ne me verras jamais manifester dans la rue. Je ne m’engage pas sur des conversations politiques, je ne commente pas l’actualité, je ne regarde pas la télé. Je m’abstiens de toute critique sur la vie des autres. Parce que la réalité elle est toujours tellement plus complexe que ce qu’on voit par écran interposé.

Mon seul acte civique, il est entrepreneurial et artistique. Je pose des questions, je les mets en mots et en images, j’accompagne ceux qui se sentent en phase avec moi à être en phase avec eux-mêmes. À oser prendre leur vérité à bras le corps et à oser dire au monde « voici qui je suis et voilà comment je peux vous aider ».

Je ne cesserai jamais de poser des questions.
Je n’aurai jamais de réponse définitive.
Mais celles que j’ai aujourd’hui m’aident à avancer, à partager, à transmettre.

Nous sommes le 16 novembre 2015, il est midi onze.

L’engagement que cette actualité m’inspire, je l’ai publié samedi sur Facebook : « Chaque tragédie nous rappelle l’importance, la nécessité, l’urgence d’arrêter de se prendre la tête pour des choses qui n’en valent pas la peine et de se concentrer sur celles (et ceux) qui le valent vraiment… parce qu’on n’a qu’une vie et qu’elle est toujours plus courte qu’on ne le croit <3 ».

Oui, je crois que ma plus grande désillusion de ces dernières années, ça a été de réaliser que rien ne dure éternellement, que tout est éphémère, que tout ne dure qu’un moment seulement. Mais que ce moment… c’est ça, la vie.

I believe I still have a dream.

 

 

Ce texte est extrait du 2ème livre que je suis en train d’écrire.
J’ai souhaité en faire un article pour le dédier à ceux sont partis trop tôt…
et à ceux qui se demandent comment vivre, survivre, revivre juste après… « ça ».

Si vous le pouvez, regardez et écoutez cet extrait de concert jusqu’au bout,
il exprime magnifiquement ce qui reste quand il ne reste plus rien :
notre âme.

A VOIR, A LIRE, A RESSENTIR

A propos de Céline Boura

Précurseuse en identité de marque et prospective, créatrice de la Haute Couture Cellulaire ©, j'accompagne les entrepreneurs et décideurs visionnaires à être plus, faire moins et avoir mieux dans leur business. Et dans leur vie. Depuis 2010, plus de 200 entrepreneurs m’ont accordé leur confiance : découvrez l'histoire de 21 d'entre eux ici. J'ose croire que nos battements d'ailes de papillon font avancer le monde vers plus de sens et d'élégance. Contactez-moi pour savoir comment nous pouvons co-cheminer ensemble !

17 Commentaires

  • Marie-Pierre d'Haillecourt

    Merci, Céline, pour ce bel article qui résonne particulièrement aujourd’hui pour moi et cette vidéo qui m’emplit d’émotion (je ne la connaissais pas).
    Je travaille actuellement avec Lyvia Cairo sur le montage de ma prochaine activité mais, depuis quelques jours, je ne suis capable de rien, si ce n’est regarder, écouter, emmagasiner ce que disent les autres. C’est peut-être déjà pas mal, après tout.
    Juste après ? Je suis triste. Et juste après, je me remets en route vers ma vie…

    • Céline

      Merci de votre partage Marie-Pierre, être triste et se remettre en route vers la vie, il n’y a que ça à faire de toute façon <3

  • Annabelle Bourgois

    Merci Céline.

    • Céline

      Merci Annabelle

  • Florence L

    Merci Céline de partager avec nous ton émotion, ton expérience et ces quelques mots du fond du coeur.

    • Céline

      C’est un devoir pour moi, merci Florence.

  • sagot

    c’est parmi les lignes les plus justes que j’ai lu depuis vendredi . Merci pour ton courage, et tes paroles exigeantes Céline qui nous secouent pour nous mettre debout. Merci pour cette video tellement résonnante et juste.

    • Céline

      Oui, soyons exigeants et secouants en ces temps troubles… Merci <3

  • Virginie

    Merci Céline pour ce beau moment que je viens de passer à vous lire et à regarder la video. De douces larmes me sont venues … toutes simples. Et OUI à la vie ! à notre responsabilité d’être ici, ensemble, maintenant, à chaque instant… et à ce silence intérieur qui murmure en nous et qui détient toutes les réponses à nos questions… quel joli parcours que le vôtre. Merci encore. Virginie

    • Céline

      Merci Virginie.

  • Ariel Koslan

    Je n’aime pas votre article.
    Quand je lis ça: « Changeons de regard sur ce qui nous arrive, au lieu de vouloir changer ce qui nous arrive », je constate que vous êtes dans votre « bulle ». Dans votre petite pensée « marketing ». Dans votre illusion d’intello « à côté de la plaque ». On ne lutte pas contre l’horreur avec des formules. Ou des phrases toutes faites. Le sang et les larmes sont là. Par containers entiers. Et ce n’est pas fini, croyez-le bien. Et que direz-vous la prochaine fois ? Je vous suis depuis longtemps. J’ai même hésité à vous contacter à plusieurs reprises. Mais là, après cette lecture, je n’en ai plus envie. Je vous le dis en toute sincérité, sans agression. Non, je vous le dis parce que ça pèse lourd sur mon coeur. Bonne continuation.

    • Céline

      Je comprends votre point de vue et le respecte. Un blog est un espace de libre expression, chacun vient quand il le souhaite et le laisse quand il le souhaite aussi. Un sujet comme celui-ci touche chacun sur des zones sensibles différentes. Et, tant qu’on ne se remet pas en question individuellement, oui, tout ça va continuer encore longtemps.

  • Bernard Fagot

    Merci Céline, pour la conscience d’un rendez-vous de plus de ton histoire dans l’histoire un peu plus grande, celle de l’humanité.
    Merci de nous inviter à entre-voir cette citation de Gandhi
    « Un oeil pour oeil finit par rendre tout le monde aveugle » mais aussi de s’ouvrir à cet état de conscience que « l’envol n’est possible que lorsque tu as accepté la chute » (Marc Vella, pianiste nomade).

    Et pour ne retenir que ce qu’il reste : l’âme, je t’invite ainsi que tous tes lecteurs à accueillir une définition sur l’engagement (définition de l’auteur à sa fille de 4 ans qui voudrait voler dans le ciel) :

    « L’engagement nous donne l’envol, parce que l’engagement nous oblige à faire un grand saut dans le vide. Pour ne pas tomber, tu es bien obligée de voler. Tu as 2 ailes, l’une s’appelle « Confiance », l’autre s’appelle « Amour ». Pour voler, l’aile « Confiance » te dit qu’il est important de croire en toi et en ce que tu fais. L’aile « Amour » te dit qu’il est essentiel de t’aimer et d’aimer les autres… »

    « L’être agissant ne vole pas dans le ciel
    C’est le ciel qui vole à travers lui »

    Et là se trouve peut être la réponse à de nombreuses questions jusqu’à ce jour sans réponses autre que la réalité que nous vivons .

    Que reste-il après ? Ce que que nous sommes depuis toujours dans toutes les formes de nos vies, privées, professionnelles, relationnelles !!!

    Merci!!!

    Bernard

    • Céline

      Merci Bernard pour ton regard qui éclaire mon chemin depuis plusieurs années déjà, qui éclaire celui des lecteurs qui te lisent ici, toujours le complément juste pour ouvrir le regard et les consciences… J’ai pour habitude de dire que quand il ne reste plus rien, il reste l’essentiel. Merci.

  • MJ

    Vous trouverez toujours les mots justes. Pour cela, un grand merci.

    • Céline

      Merci <3

  • Après ça... The wedding team

    […] Je vous laisse un lien vers cet article qui me déculpabilise un peu : Attentats – Pourquoi sommes-nous tous si fatigués ? et vers celui-ci, que je trouve très juste et qui résume bien mon ressenti…. Juste Après […]

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